Je ne suis pas devenue biographe par hasard.
Je crois que je le suis depuis toujours… même si je ne l’ai compris que bien plus tard.
Petite, j’étais déjà là, assise derrière le marbre du comptoir de mes parents, à regarder vivre les gens.
Je les observais sans qu’ils s’en aperçoivent.
Je les écoutais sans intervenir.
J’adorais ça.
C’est à cet endroit que j’ai appris à aimer l’humain, même dans ses contradictions.
Comme dans une grande pièce de théâtre où chacun tient parfaitement son rôle.
J’ai écrit très tôt.
D’abord en cachette. Puis par nécessité… avant que cela ne devienne une véritable source de réconfort.
Les mots ont été mon exutoire, mon refuge, mon endroit à moi.
À dix ans, mon visage a été déchiré par l’attaque d’un chien.
Il a fallu de longues heures chirurgicales pour me reconstruire.
Mais ce qui a suivi a été tout aussi marquant :
les regards, les moqueries, le dégoût parfois, la peur, souvent.
Alors j’ai écrit davantage.
Parce que le carnet, lui, ne détournait pas les yeux.
Il ne jugeait pas. Il accueillait tout.
Mes colères, mes larmes, mes incompréhensions ainsi que mes rires, encore trop absents.
La plume m’a permis de ne pas m’endurcir.
Elle m’a empêchée de devenir amère.
Elle m’a tenue debout, heureuse et profondément incarnée.
L’existence m’a fait traverser un grand nombre d’expériences, certaines lumineuses, d’autres bien sombres.
J’ai connu des relations qui élèvent, d’autres qui enferment. Je ne serai jamais ingrate envers elles : elles ont toutes été de merveilleuses enseignantes.
J’ai dû apprendre à me comprendre, à déconstruire les jugements venus d’ailleurs, pour me reconstruire encore et encore.
Et à chaque fois, les mots étaient là.
Présents. Fidèles. Émus.
Au fil du temps, ils sont devenus un port : ils ont ancré la joie.
C’est ici que mon expression s’est peu à peu ouverte à la poésie, comme une autre manière de dire ce qui se tait à haute voix.
Je peux aujourd’hui affirmer que les lettres m’ont sauvée.
Qu’elles m’ont amenée à prendre force dans ce qui aurait dû me briser. Parce que, comme le disait Nietzsche, « tout ce qui ne tue pas rend plus fort ». J’ajouterais également que cela rend plus léger.
Alors, à cinquante ans, ce n’était plus une envie.
C’était une évidence : après avoir compté les chiffres durant des années, il était temps de se consacrer à conter les vies.
Parce que je sais ce que cela change, quand une histoire peut trouver sa place quelque part.
Quand elle est entendue et retranscrite dans sa forme juste. Quand elle parvient à raconter avec authenticité tout ce qui s’est vécu, dans la simplicité comme dans la peine.
Les personnes qui viennent à moi ne cherchent pas seulement à réciter leur vie.
Elles portent souvent des parcours traversés, remaniés, transformés.
Elles ont tenu. Elles se sont relevées. Parfois en ignorant que leur témoignage peut être précieux pour d’autres.
Ma tâche est là.
Écouter ce qui se dit.
Mais aussi ce qui tremble derrière.
Mettre par écrit sans trahir.
Donner fidèlement à ressentir le vivant d’un passé.
Le récit existe déjà. Comme un paysage sauvage en attente d’être découvert, en attente d’être posé sur une toile.
Je ne fais que l’observer. Puis je le grave par le pinceau de ce qui est narré, un geste trempé dans l’encre de la parole confiée.
C’est pour cela que j’ai créé cette activité :
pour accompagner celles et ceux qui sentent que leur parcours demande à être dit,
non pas pour être embelli,
mais pour être reconnu, compris et transmis dans toute sa vérité.
Et, peut-être, allumer la flamme de l’espoir chez ceux qui se sentent isolés.
Au fil de ce travail, quelque chose se dépose, s’apaise et se relie : la matière d’une vie laisse apparaître son souffle primordial.
Si cela résonne en vous, racontez-moi votre histoire.
